Turquie: un essai sur la photo comme medium de temps

Je présente ici un court essai vidéo que j’ai créé il y a plus d’un an, par plaisir de fabriquer quelque chose. J’avais dans mes archives photos des centaines de photographies de la Turquie, prises lors d’une voyage en 2008 avec Dominic.

Turquie: essai sur la photo comme medium de temps from Marie-Pierre Labrie on Vimeo.

Voyager avec lui avait soutenu la prise quotidienne de photographies lors du périple; être en compagnie d’un photographe qui s’affaire à la chose continuellement m’a donné envie d’imiter! Comme j’aime aussi la chose photographique, je me suis laissée prendre au jeu et j’ai tenté d’utiliser au maximum les possibilités techniques de ma caméra de l’époque, une simple « Nikon Coolpix », de type « point and shoot », mais comportant plusieurs options manuelles. J’ai donc documenté le voyage, tenté de saisir Istanbul, et quelques villes / villages où nous avons traîné. Aussi, une certaine part d’intimité a été immortalisé en images fixes ou vidéos. D’ailleurs, cette petite caméra bas de gamme enregistrait la vidéo, avec son bien sûr. Le son que l’on perçoit dans cette vidéo a été donc capté par cette caméra.

Encore ici, je questionne ma recherche esthétique. Je questionne la raison d’avoir construit une certaine animation vidéo à partir d’images photographiques, entremêlée de quelques interludes vidéo, complétant les images fixes, Ces clips vidéo nous font pénétrer dans l’espace un peu plus, nous permettant de sentir le temps autrement. Ici, la photographie est utilisée comme un medium de temps, assemblée dans la séquence d’un logiciel de montage vidéo. Le grand nombre de photographies, prises dans un intervalle de temps court et placées côte à côte dans la séquence, donne l’impression d’une vidéo saccadée, enfin d’une animation. Parfois, je risque la fixité en suspendant le temps et en laissant une image fixe obstruer l’écran pendant quelques secondes, comme pour marquer un instant, passé.

Cet essai a été réalisé sans réflexion préalable, dans un élan ou un besoin d’essayer. Mais depuis je questionne ce type de petite création et je me mets moi-même au défi de poursuivre avec la même technique et esthétique… à voir.

Portraits michelois

« Photographier, c’est conférer de l’importance. » écrivait Susan Sontag dans son essai On Photography (1977).

Cela fait déjà un certain temps que je photographie les jeunes, quelques cinq années maintenant. Depuis peu, je pose ma caméra plus sincèrement, plus carrément vers eux dans le but de faire des portraits plus officiels et personnels. Cela a commencé en juin 2009, avec mon projet Bandes de jeunes.

Malick

La série de portraits suivante révèle plusieurs des jeunes avec lesquels j’ai travaillé cet été sur le projet vidéo Ça tourne! Cette série a été réalisée dans un très court laps de temps. Une séance a eu lieu lors d’une dernière rencontre en groupe, puis je suis retournée à Saint-Michel quelques jours plus tard pour photographier Viviana et Axel, tous deux absents la première fois.

Viviana

Dans cette série, je leur confère une importance (que peu de gens leur accordent, si je me risque à dire). Je les ai scruté avec une caméra moyen format, ai pris un temps pour tenter de saisir un instant, véritable j’espère, d’eux-mêmes, j’ai fait développer les négatifs, les ai numérisé, ai ajusté la densité et les contrastes et ai pris soin d’établir un ordre photographique pour les représenter au meilleur de ma sensibilité.

Vicky

Gabriel

« Exception faite des cas où l’appareil photo est utilisé pour relever de l’information ou pour marquer des rites sociaux, c’est parce que l’on trouve que quelque chose est beau que l’on est poussé à faire des photos. (Le nom sous lequel Fox Talbot fit breveter la photographie en 1841 était le « calo-type » : du grec kalos, beau) » Susan Sontag, « L’héroïsme de la vision », On Photography, p.123.

Victoria

Le rôle que je me suis donnée en travaillant auprès des jeunes est, entre autres, de briser les idées reçues à propos d’eux. La publication de cette série de portraits fait corps avec cette démarche : j’aimerais pouvoir rendre compte de la réalité de ces jeunes, de leur ouverture, de leur franchise, de leurs forces et du plaisir qu’on peut avoir à être en leur présence. Mais je ne suis pas certaine qu’un simple portrait photographique puisse atteindre cette portée. La série, elle, par le nombre, peut agir dans un certain rapport de force, mais n’offre pas énormément plus d’information sur mes sujets.

Magali

Ces portraits documentent une parcelle de leur condition socioculturelle et un fragment de leurs personnalités; leurs tenues vestimentaires, leurs postures, leurs regards, leurs sourires, certains plus effacés, d’autres plus manifestes.

Divenson

Marie-Pierre, photographiée par Divenson

Evelyne

Qu’est-ce que ces portraits frontaux, coupés au buste, représentant des visages planqués sur un arrière-plan flou, peuvent prétendre raconter de ces jeunes Michelois? En quoi ces images photographiques documentent et révèlent une certaine forme de vérité?

Axel

Elizabeth

Je ne sais répondre à ces questions que je me pose depuis que je consacre du temps à placer chacune des photos dans le souci d’atteindre un ordre précis résultant en une série… qu’est-ce que je donne à voir par ces photos?

Alexa

« En jargon humaniste, on dira que la vocation de la photographie est d’expliquer l’homme à l’homme. Mais les photos n’expliquent rien : elles constatent. Ce n’était qu’honnêteté de la part de Robert Frank de déclarer que « pour produire un document contemporain authentique, l’impact visuel doit être tel qu’il rende l’explication nulle ». Si les photographies sont des messages, le message est à la fois transparent et mystérieux. Une photographie est un secret au sujet d’un secret, comme l’observait Arbus. Plus elle vous en dit, moins vous en savez. » Susan Sontag, « L’héroïsme de la vision », On Photography, p. 157.

Retour avec les jeunes sur l'expérience de tournage

Anne-Marie et Malick lors d'une pratique avant le tournage

Vendredi dernier, plusieurs jeunes, surtout des comédiens, étaient rassemblés au CECRG pour un retour sur leur expérience de tournage avec le projet Ça tourne! Malheureusement, ils n’y étaient pas tous, ayant chacun un horaire chargé et s’étant d’ailleurs portés disponibles à plusieurs reprises cet été pour le tournage. Axel et Viviana, respectivement caméraman et perchiste, n’y étaient pas. Il manque alors quelques commentaires de la part des vidéastes.

Les jeunes ont manifesté que leur expérience leur avait apporté beaucoup. Ils ne s’attendaient pas à autant d’engagement et de longueurs sur le tournage. Le mot  qui est revenu sur plusieurs lèvres est « patience ». Patience dans la reprise de plans, patience dans l’attente des autres, patience pour donner du temps aux techniciens de se préparer etc. Et ils en ont eu de la patiente, chapeau!

Le moment le plus mémorable a certes été celui du tournage de la scène du party. Près d’une vingtaine de jeunes y étaient réunis, nous sortions de Saint-Michel pour nous retrouver dans un petit appartement du quartier Hochelaga-Maisonneuve, il y a fait très chaud, et le party a failli « pogner » pour de vrai à la fin.

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Certains se seraient attendus à un plateau plus professionnel et mieux organisé : ils auraient cru qu’ils seraient pris en charge par des maquilleurs, coiffeurs, accessoiristes etc. Ils ont critiqué l’organisation un peu bancale… Peu d’entre eux avaient pris en considération que le budget était (très) restreint et que ce projet était une entreprise communautaire. Et plusieurs d’entre eux sont arrivés en retard tout au long du tournage, ce qui a fait traîner chaque fois un peu plus le déroulement des journées. L’expérience du plateau de tournage non-professionnel leur aura sans doute appris nombre de choses.

La « fierté » des jeunes ou trouver une satisfaction dans le résultat final

Evelyne leur a demandé s’ils étaient fiers de ce qu’ils avaient accompli. La majorité d’entre eux ont répondu qu’ils ne pouvaient pas répondre à cette question maintenant, car ils n’avaient pas vu le résultat final, soit le film monté. C’est dire que tous les efforts de cohésion, de persévérance et de travail qu’ils y ont mis trouvent une satisfaction ou une fierté dans le résultat. Le processus ne les rend pas fiers tant qu’ils ne savent pas si la forme donnée au film est, elle, bonne. C’est une attitude courante et normale chez les jeunes et c’est aussi pour cette raison qu’il est parfois périlleux d’engager un projet sur un aussi long terme, car parfois on perd leur intérêt et en quelque part leur fierté d’avoir participer au projet.

Ce film devrait être monté au cours de l’année scolaire 2010-2011. Un budget est nécessaire pour combler les coûts reliés aux ressources humaines et techniques. Qui montera ce projet? Peut-être moi ou une autre personne, rien n’est encore sûr et pour plusieurs raisons. Ainsi, les jeunes ne verrons le fruit de leur travail seulement quelque part en avril ou mai 2011 dans le meilleur des cas, c’est enfin ce que je crois. En espérant un résultat plus hâtif.

Au coeur du tournage, photos par Dominic Morissette

Famille / Troisième partie

Suite à une entrée sur une reprise de ma pratique artistique, j’ai publié quelques photographies en noir et blance prises ce printemps, en numérique. Je retourne à ce goût pour le noir et blanc, je crois surtout depuis que j’ai enseigné un cours de photographie à l’Université Concordia l’hiver dernier. Le retour en chambre noire et à la pratique argentique en noir et blanc m’ont obligé à replonger dans des notions techniques de prises de vue et de développement que j’avais un peu oublié mais que j’ai regagné et aiguisé avec l’aide et l’enthousiasme de Dominic.

Depuis peu, je me suis mise à croquer quelques images avec sa caméra moyen format Mamiya. Ce format carré et la texture de la pellicule m’ont plu particulièrement et j’ai vite passé par-dessus les petites complications d’usage de cette caméra pour m’amuser et expérimenter. Une autre façon de reprendre la pratique artistique.

Le thème de la famille, déjà abordé deux fois dans mon blogue, me sert d’inspiration. Dans trois à quatre semaines, je vais donner naissance à une petite fille qui tourne, bouge et fait battre la vie dans mon ventre depuis huit mois. Je pense que c’est particulièrement pour cette raison que je lance une série d’entrées photographiques sur la famille, cellule importante à l’identité.

Mon père, Antoine

Mon père et ma mère

Ma mère Lucette

Lucette sur le lac

Antoine sur le quai

Jeanne

Jeanne et sa grand-mère

Mon frère Sébastien

Jeanne, jouant au tabla avec son père Sébastien

Virginie, la copine de Sébastien

Sébastien

Ça tourne! Dernières images

La scène du boogie (party), tournée dans Hochelaga-Maisonneuve, dans un petit appartement. Il faisait chaud, mais la coopération de tous a contribué à tourner la scène dans un délai raisonnable.

Photographies par Martin Beaulieu.

Révision du découpage technique pendant que les jeunes arrivent

Comédiennes se maquillant

À gauche, Elizabeth, à droite, les comédiens recevant des directives

Divenson

Les premières directives, pour le plan 'master'

Suite des directives, un peu plus tard

L'équipe derrière la caméra: Axel, Marie-Pierre, Evelyne et Émilie

Émilie, songeant à son éclairage

Alexa, juste avant une prise

Malick et Magali

Magali

Alexa et Anne-Marie entre deux prises

Le lendemain, au parc de l’Église René-Goupil. Le passage bruyant des avions, les sons ambiants des passants dans le parc et les changements de luminosité à chaque cinq minutes nous a obligé à reprendre le tournage de cette scène un peu plus tard au mois de juillet.

Photographies par Martin Beaulieu.

À gauche; l'équipe caméra, à droite; Evelyne

Axel, manoeuvrant une plongée, et Viviana et Grabriel

La comédienne Magali tournant une scène de chaîne téléphonique

Poursuite du tournage: photos par Divenson

Divenson, autoportrait, sur le plateau

La scène du party, tournée dans Hochelaga-Maisonneuve

Plongée, par Axel

Liliana, Gabriel lui faisant un peu d'ombre

Axel, prolongeant son oeil de caméraman avec son appareil-photo

Gabriel, machino et perchiste

Tournage d'une "chaîne téléphonique" avec la comédienne Viviane

Émilie, éclairagiste... et plus encore!

Evelyne, parcourant le scénario

Tournage à l'extérieur, sous le soleil plombant.

On annonçait de la pluie.

Dimanche dernier, deuxième journée de tournage, sur le terrain de l’école Joseph-François-Perreault. À la météo, on annonçait des orages et un ciel nuageux. On a quand même décidé de tourner. Finalement, on a eu chaud et on a tous pris des coups de soleil! Les jeunes comédiennes ont été courageuses de rester assises, patiemment pour tourner leur scène. Et que dire de notre perchiste, valeureuse, qui a tenu le phare au son, sans jamais se plaindre de la chaleur accablante. Toute l’équipe a été coopérative. On a tourné de belles images.

Dominic a pris les quelques photos suivantes, lorsqu’il avait quelques moments de libres, entre des courses à voiture et son aide précieuse à la direction photo.

Les 4 comédiennes et Viviana

Alexa dans le rôle de Maggie

La complicité latina de Viviana et Axel

Evelyne, coordonnant les comédiennes

3 shot, Lily, Anne-Marie et Victoria

Sous le parapluie... pare-soleil

Tournage en studio, Anne-Marie dans le rôle d'Alex

C’est parti: Ça tourne!

Le tournage est lancé.

Après quelques semaines de formation vidéo et de pratique avec les comédiens, nous avons entamé le tournage, lundi le 7 juin 2010, à l’École Joseph-François-Perreault. Une scène, somme toute simple, a été tournée, avec des figurants. Première fois pour vrai, il aura fallu mettre certaines règles en place et apprendre à se connaître toute l’équipe ensemble.

Divenson, notre photographe de plateau a pris quelques images.

En ordre chronologique, les photographies de Divenson présentent quelques images croquées à l’école lors de cette première journée. Ensuite, il a fait quelques photographies lors de notre troisième journée de tournage « en studio » au CECRG.

On voit que la façon dont il prend les images évolue. Lors de notre tournage en studio, Divenson semblait davantage porté à photographier des actions plus précises et je peux voir que ses compositions sont de plus en plus belles. On sent aussi que, techniquement, il maîtrise mieux l’appareil-photo.

Viviana, à la perche, et les figurantes

Concentrés sur le cadre

Vicky, lors de sa scène en studio, dans le rôle de Kim

Gabriel, dans son rôle d'éclairagiste

Marie-Pierre et Alexa, dans le rôle de Maggie, et Evelyne, à la mise en scène

Le plateau, Viviana à la perche

Famille / deuxième partie

Un triptyque d’amoureux. Deux photos de ma bébaine prise par Dominic et un autoportrait. Suite des images de famille.

Autoportrait et ma bédaine par Dominic au 2 1/4

Suite de la formation vidéo : joies et défis

Pour moi, c’est tout un apprentissage de guider les jeunes à travers chacun de leurs rôles respectifs, alors que je dois aussi me charger de la conception visuelle du film, du découpage technique, des mouvements, des axes et des angles, et des déplacements de comédiens, dernière tâche que je partage avec Evelyne, ma collègue du centre.

Les jeunes comédiennnes / Evelyne, Marie-Pierre et Axel

Pour les jeunes, il s’avère abstrait de savoir quand ils doivent prendre des initiatives car ils ne connaissent pas encore la routine du tournage.

Gabriel, remplaçant Viviana à la perche pour une prise

La tâche la plus claire, évidente et probablement la plus excitante s’avère celle de caméraman, qu’Axel comble avec grand intérêt, caché sous son attitude calme et discrète.

Marie-Pierre et Axel, en réflexion sur les angles de caméra

On a changé le rôle de scripte pour celui de photographe de plateau. Divenson perdait l’intérêt de prendre ces multiples notes qui, de prime abord pouvaient paraître absurdes et sans utilité, surtout quand on n’a jamais eu l’expérience de tourner une fiction.

Divenson dans sa nouvelle tâche de photographe de plateau

Cette semaine, Dominic est venu m’offrir son aide et son expérience. Un coup de main fort apprécié par toute l’équipe. Il a été d’un grand soutien pour Viviana, notre perchiste, et pour la réalisatrice que je suis, me conseillant pour certains angles de caméra et la lumière. Comme quoi, le cinéma est une affaire d’équipe. Il en a profité aussi pour prendre ces quelques photos et documenter un peu l’action.

Et les joies dans tout ça :

Voir, par petits bouts, une histoire se concrétiser en film est un des plaisirs qui se révèlent à moi lors de nos pratiques avec toute l’équipe. Voir apparaître les comédiens en gros plan dans le viseur de la caméra, être capable de saisir l’émotion dans leur jeu, apprécier une belle luminosité qui compose un beau plan, voilà des sources de plaisir qui sont porteurs d’une motivation qui peut parfois être entravée par les difficultés.

Pour les jeunes, je crois, encore et toujours, que c’est le plaisir d’être ensemble qui draine leurs motivations. Mais ce n’est pas tout, il a le sérieux que l’on met à rendre réel un projet dont ils sont à l’origine. Le cinéma est aussi une activité qui attire par sa magie.

Viviana, perchiste, lors d'une prise

Photos: Dominic Morissette