Friable: une étude vidéographique

Friable est une étude vidéographique. Ainsi par cette notion d’ « étude », je justifie une bande vidéo qui n’est pas tout à fait finie, achevée, mais qui me permet de faire un travail préparatoire à un projet vidéographique qui se voudrait plus important.

Friable a émergé d’un moment « pivot », d’un moment où le temps s’est suspendu, tout d’un coup, après un choc d’une grande force, ce qui a provoquer l’envie de créer, comme un besoin, un besoin qui fait du bien, un processus qui va de soi.

Dans cette vidéo, j’ai voulu évoquer la vitesse fulgurante à laquelle mon cerveau roulait au moment de ce choc. Une telle vitesse m’étouffait et faisait émerger un état d’incapacité.

Le rythme fulgurant s’est arrêté d’un coup. Mais les gestes quotidiens, répétitifs et banaux étaient des lieux de pensées obnubilantes. Ces gestes permettaient à mon cerveau de fixer son attention sur des idées, sur un processus cérébral, puisque peu d’attention était requise sur le moment présent, le moment de l’action. J’ai alors eu envie de capter ces moments où des gestes quotidiens et ménagers étaient posés et en filigrane y accoler des mots. J’avais envie de filmer mes mains, seulement mes mains en train de poser ces gestes pour montrer qu’au bout des doigts, il y avait un geste qui était relié à une pensée.

Motifs de mouvements, motifs de rythme qui deviennent presque aliénants et qui tout d’un coup s’arrêtent brusquement pour laisser la place à non seulement un rythme différent, mais à une atmosphère, un temps, un espace plus lent, plus rond, plus respirable. Mais la pensée demeure.

Lendemains d’hier - Technique du sténopé

En 2010, j’ai enseigné un cours de photograhie au département d’éducation artistique de l’Université Concordia. J’ai eu à revisiter certaines techniques de base en photographie, dont le sténopé. Je me suis mise à la construction de caméra obscura de diverses formes : cylindrique, rectangle, carrée. Puis, puisque cette technique exige beaucoup de lumière, je me suis installée dans la cour, en plein hiver, avec Dominic pour faire quelques portraits. Après chaque pose, Dominic descendait dans le sous-sol pour développer les négatifs papiers. Je ne pouvais à ce moment être en contact direct avec les chimies dans une chambre noire mal ventilée car j’étais enceinte de Corinne depuis quelques semaines. Il remontait quelques minutes plus tard me montrer les résultats afin que je réajuste les temps d’exposition. Ici quelques résultats de mes expérimentations.

Autoportrait - Caméra au plan arrondi

Portrait de Dominic - Cadre rond

Autoportrait - cadre rond

Autoportrait - plan arrondi

Portrait de Dominic - Caméra rectangulaire au plan carré

Cette technique a été très agréable à ré-expérimenter. Les étudiants ont eu, je crois, eux aussi beaucoup de plaisir à l’explorer, malgré la difficulté d’ajustement qu’elle exige. Technique low tech, simple, de base, mais difficile à contrôler. On l’expérimente à tâtons.

Gif animés

Je suis à préparer un atelier informatique sur les gif animés pour un groupe d’étudiants futurs enseignants en arts au primaire et au secondaire. Je révise mes notions de Photoshop et d’Image Ready. Voici un petit morceau d’essai. J’ai travaillé à partir d’une photo d’un jeune que j’ai prise alors je voulais élaborer une série de portraits sur les jeunes du quartier Saint-Michel. Salut Alan!

Bandes de jeunes: portrait de Marc-André

Marc-André est un adolescent attachant, sensible et intelligent. Il m’a toujours semblé, depuis que je le connais, que se cachent à l’intérieur de lui un enfant et un adulte à la fois. Une maturité émotionnelle est bien palpable. Sans doute ces expériences de vie l’ont façonné ainsi. Il aime le sport, le football, qu’il pratique à son école plusieurs fois par semaine. Marc-André fait aussi de la musique ; il rappe. Cela aussi lui sert à se défouler et à crier les difficultés. Il y quelques semaines, il me disait qu’il avait écrit des nouvelles pièces et qu’il les enregistrerait bientôt.

Au Centre éducatif communautaire René-Goupil avant un atelier du Projet LOVE

Au studio de musique, en juin 2009

L’an dernier, je lui ai proposé de participer à mon projet Bandes de jeunes, qui voulait tracer le portrait photo-vidéo de plusieurs adolescents avec lesquels j’avais travaillé afin de briser les idées reçues sur ces jeunes de quartiers marginalisés et évoquer leurs aspirations, leurs valeurs et leurs opinions. Malheureusement, je n’ai pu faire qu’un essaiphoto-vidéo de Latifa , une jeune d’origine algérienne, en juin 2009. J’avais pourtant procédé à des séances de photos avec 3 à 4 jeunes, mais faute de temps et de moyens financiers, aucun autre essai photo-vidéo n’a vu le jour.

Cependant, je voulais publier sur mon blogue quelques images que nous avons faites ensemble, Marc-André et moi, lors de son trajet d’autobus matinal et quotidien, en juin 2009. Ce faisant, je voulais le remercier pour ce temps et cette confiance qu’il m’a accordé.

Accepter de se faire photographier et se prêter au jeu du photographe demande une dose de courage et d’humilité, et je crois que Marc-André s’est laissé aller et a su, par son intégrité et sa générosité, nous laisser entrer dans son quotidien.

D’ici quelque temps, j’aimerais faire un essai vidéo avec le quelques 300 photographies et vidéos  et les prises sonores que j’ai capté ce matin-là.

À l'arrêt d'autobus, juin 2009

Au cours du trajet, Marc-André me parle de l'école

Correspondance à Anjou - I

Correspondance à Anjou - II

Terrain de foot, à l'école

À l'entrée de l'école

Dominic / Portrait de famille

Dominic, été 2010, quelques jours avant la naissance de Corinne

Corinne, deux mois de vie

Il me semble précieux de faire le portrait de Dominic, le père de ma fille, l’homme de ma vie. Depuis trois ans maintenant je partage ma vie avec cet homme que je trouve si beau et si fort. Dominic est un être engagé et passionné qui sans cesse m’encourage à poursuivre mes démarches, que ce soit comme femme, comme mère, comme artiste, comme chercheure, comme éducatrice.

Avec lui, mon souffle est augmenté. Il m’a fait redécouvrir la photographie avec son œil de documentariste, d’humaniste, toujours le geste précis, le doigt sur le déclencheur et l’œil au viseur de son Leica.

Il semble toujours bien délicat et immense en même temps de faire le portrait en mots de quelqu’un dont on est amoureux, comme si les mots étaient soit trop légers ou pas assez précis.

Dominic m’inspire la découverte, m’enseigne la patiente et la ténacité, rend la vie quotidienne si agréable et soutient tout ce que je suis. Pour cela, je l’aime.

Dominic, c’est aussi le père de Corinne. Un père qui, avec quatre petits mois d’expérience, est un papa magnifique qui sait si bien faire rire et sourire sa fille tous les matins à 5 heures. Je vois déjà dans les yeux de sa fille un amour infini.

Portrait de famille / Corinne, 4 mois

Une simple envie de montrer ma fille, Corinne à deux mois, puis à quatre mois. Une simple entrée pour montrer un portrait. Que de choses ont changé depuis sa naissance. Maintenant Corinne se tourne sur le ventre, sourit et s’exclame de rire. Un tout petit quatre mois pour s’attacher si intensément à ce petit être. Et l’attachement est grandissant à tous les jours.

Corinne aura tout un album de photographies, nous en prenons tous les jours. Mais les images prises sont rarement de grandes photos; c’est, entre autres, une des raisons pour laquelle je n’ai presque pas publié de photos d’elle.

Comment photographier quelqu’un d’aussi proche de soi?

Corinne; à 2 mois puis à 4 mois

Holga ou la caméra russe qui aide à faire patienter…

Peu de jours avant que j’accouche au mois d’août, Maryse, une amie, m’a offert une caméra russe de plastique Holga. Cet appareil, très minimaliste dans sa construction, ne possède que deux ouvertures, soit 8 et 11, et aucun obturateur. On voit qu’il s’apparente à la caméra obscura, mais en légèrement plus sophistiqué. Ses utilisateurs photographient principalement à l’extérieur.

Notre chat caché par ma bedaine, 20 août 2010

Voyant que je m’amusais avec différents procédés photographiques, anciens comme nouveaux, et que je réfléchissais sur la notion d’obsolescence technologique, Maryse est passée à la maison me déposer cette caméra avec un film 120 passé date. Une façon de me faire passer mon impatience face à l’arrivée de Corinne.

Ici quelques images faites en une journée, spontanément.

Amusante et sujette aux accidents cette caméra.

Merci Maryse, ça a marché, j’ai patienté… et Corinne est arrivée le soir où je terminais la numérisation des négatifs!

Près du Café Rico, 20 août 2010

Le matin du 20 août 2010, Dominic lit son journal

Rue Jarry, 19 août 2010

Boulangerie portugaise, au coin de la maison, 20 août 2010

Corinne ou Famille / quatrième partie

Corinne, 11 jours de vie

Le 23 août dernier, Corinne est née. Il n’y a que des mots qui peuvent décrire l’émotion de l’accouchement puis de la naissance, je ne sais pas faire de phrase complète sur le sujet en ce moment: bouleversement, choc, amour, douleur, rencontre, inconnu, joie, bonheur.

Corinne est née en 24 heures, Dominic nous a accompagné bravement et courageusement jusqu’à la naissance et encore maintenant.

J’ai pris quelques jours avant de pouvoir prendre quelques photos d’elle, trop prise dans les premiers instants : allaitement, caresses, pleurs, inquiétude de nouvelle mère, plaisir de la regarder.

Dominic et moi entamons un projet de famille, le plus grand qui m’ait été donné à date…

Turquie: un essai sur la photo comme medium de temps

Je présente ici un court essai vidéo que j’ai créé il y a plus d’un an, par plaisir de fabriquer quelque chose. J’avais dans mes archives photos des centaines de photographies de la Turquie, prises lors d’une voyage en 2008 avec Dominic.

Turquie: essai sur la photo comme medium de temps from Marie-Pierre Labrie on Vimeo.

Voyager avec lui avait soutenu la prise quotidienne de photographies lors du périple; être en compagnie d’un photographe qui s’affaire à la chose continuellement m’a donné envie d’imiter! Comme j’aime aussi la chose photographique, je me suis laissée prendre au jeu et j’ai tenté d’utiliser au maximum les possibilités techniques de ma caméra de l’époque, une simple « Nikon Coolpix », de type « point and shoot », mais comportant plusieurs options manuelles. J’ai donc documenté le voyage, tenté de saisir Istanbul, et quelques villes / villages où nous avons traîné. Aussi, une certaine part d’intimité a été immortalisé en images fixes ou vidéos. D’ailleurs, cette petite caméra bas de gamme enregistrait la vidéo, avec son bien sûr. Le son que l’on perçoit dans cette vidéo a été donc capté par cette caméra.

Encore ici, je questionne ma recherche esthétique. Je questionne la raison d’avoir construit une certaine animation vidéo à partir d’images photographiques, entremêlée de quelques interludes vidéo, complétant les images fixes, Ces clips vidéo nous font pénétrer dans l’espace un peu plus, nous permettant de sentir le temps autrement. Ici, la photographie est utilisée comme un medium de temps, assemblée dans la séquence d’un logiciel de montage vidéo. Le grand nombre de photographies, prises dans un intervalle de temps court et placées côte à côte dans la séquence, donne l’impression d’une vidéo saccadée, enfin d’une animation. Parfois, je risque la fixité en suspendant le temps et en laissant une image fixe obstruer l’écran pendant quelques secondes, comme pour marquer un instant, passé.

Cet essai a été réalisé sans réflexion préalable, dans un élan ou un besoin d’essayer. Mais depuis je questionne ce type de petite création et je me mets moi-même au défi de poursuivre avec la même technique et esthétique… à voir.

Portraits michelois

« Photographier, c’est conférer de l’importance. » écrivait Susan Sontag dans son essai On Photography (1977).

Cela fait déjà un certain temps que je photographie les jeunes, quelques cinq années maintenant. Depuis peu, je pose ma caméra plus sincèrement, plus carrément vers eux dans le but de faire des portraits plus officiels et personnels. Cela a commencé en juin 2009, avec mon projet Bandes de jeunes.

Malick

La série de portraits suivante révèle plusieurs des jeunes avec lesquels j’ai travaillé cet été sur le projet vidéo Ça tourne! Cette série a été réalisée dans un très court laps de temps. Une séance a eu lieu lors d’une dernière rencontre en groupe, puis je suis retournée à Saint-Michel quelques jours plus tard pour photographier Viviana et Axel, tous deux absents la première fois.

Viviana

Dans cette série, je leur confère une importance (que peu de gens leur accordent, si je me risque à dire). Je les ai scruté avec une caméra moyen format, ai pris un temps pour tenter de saisir un instant, véritable j’espère, d’eux-mêmes, j’ai fait développer les négatifs, les ai numérisé, ai ajusté la densité et les contrastes et ai pris soin d’établir un ordre photographique pour les représenter au meilleur de ma sensibilité.

Vicky

Gabriel

« Exception faite des cas où l’appareil photo est utilisé pour relever de l’information ou pour marquer des rites sociaux, c’est parce que l’on trouve que quelque chose est beau que l’on est poussé à faire des photos. (Le nom sous lequel Fox Talbot fit breveter la photographie en 1841 était le « calo-type » : du grec kalos, beau) » Susan Sontag, « L’héroïsme de la vision », On Photography, p.123.

Victoria

Le rôle que je me suis donnée en travaillant auprès des jeunes est, entre autres, de briser les idées reçues à propos d’eux. La publication de cette série de portraits fait corps avec cette démarche : j’aimerais pouvoir rendre compte de la réalité de ces jeunes, de leur ouverture, de leur franchise, de leurs forces et du plaisir qu’on peut avoir à être en leur présence. Mais je ne suis pas certaine qu’un simple portrait photographique puisse atteindre cette portée. La série, elle, par le nombre, peut agir dans un certain rapport de force, mais n’offre pas énormément plus d’information sur mes sujets.

Magali

Ces portraits documentent une parcelle de leur condition socioculturelle et un fragment de leurs personnalités; leurs tenues vestimentaires, leurs postures, leurs regards, leurs sourires, certains plus effacés, d’autres plus manifestes.

Divenson

Marie-Pierre, photographiée par Divenson

Evelyne

Qu’est-ce que ces portraits frontaux, coupés au buste, représentant des visages planqués sur un arrière-plan flou, peuvent prétendre raconter de ces jeunes Michelois? En quoi ces images photographiques documentent et révèlent une certaine forme de vérité?

Axel

Elizabeth

Je ne sais répondre à ces questions que je me pose depuis que je consacre du temps à placer chacune des photos dans le souci d’atteindre un ordre précis résultant en une série… qu’est-ce que je donne à voir par ces photos?

Alexa

« En jargon humaniste, on dira que la vocation de la photographie est d’expliquer l’homme à l’homme. Mais les photos n’expliquent rien : elles constatent. Ce n’était qu’honnêteté de la part de Robert Frank de déclarer que « pour produire un document contemporain authentique, l’impact visuel doit être tel qu’il rende l’explication nulle ». Si les photographies sont des messages, le message est à la fois transparent et mystérieux. Une photographie est un secret au sujet d’un secret, comme l’observait Arbus. Plus elle vous en dit, moins vous en savez. » Susan Sontag, « L’héroïsme de la vision », On Photography, p. 157.