Portraits michelois

« Photographier, c’est conférer de l’importance. » écrivait Susan Sontag dans son essai On Photography (1977).

Cela fait déjà un certain temps que je photographie les jeunes, quelques cinq années maintenant. Depuis peu, je pose ma caméra plus sincèrement, plus carrément vers eux dans le but de faire des portraits plus officiels et personnels. Cela a commencé en juin 2009, avec mon projet Bandes de jeunes.

Malick

La série de portraits suivante révèle plusieurs des jeunes avec lesquels j’ai travaillé cet été sur le projet vidéo Ça tourne! Cette série a été réalisée dans un très court laps de temps. Une séance a eu lieu lors d’une dernière rencontre en groupe, puis je suis retournée à Saint-Michel quelques jours plus tard pour photographier Viviana et Axel, tous deux absents la première fois.

Viviana

Dans cette série, je leur confère une importance (que peu de gens leur accordent, si je me risque à dire). Je les ai scruté avec une caméra moyen format, ai pris un temps pour tenter de saisir un instant, véritable j’espère, d’eux-mêmes, j’ai fait développer les négatifs, les ai numérisé, ai ajusté la densité et les contrastes et ai pris soin d’établir un ordre photographique pour les représenter au meilleur de ma sensibilité.

Vicky

Gabriel

« Exception faite des cas où l’appareil photo est utilisé pour relever de l’information ou pour marquer des rites sociaux, c’est parce que l’on trouve que quelque chose est beau que l’on est poussé à faire des photos. (Le nom sous lequel Fox Talbot fit breveter la photographie en 1841 était le « calo-type » : du grec kalos, beau) » Susan Sontag, « L’héroïsme de la vision », On Photography, p.123.

Victoria

Le rôle que je me suis donnée en travaillant auprès des jeunes est, entre autres, de briser les idées reçues à propos d’eux. La publication de cette série de portraits fait corps avec cette démarche : j’aimerais pouvoir rendre compte de la réalité de ces jeunes, de leur ouverture, de leur franchise, de leurs forces et du plaisir qu’on peut avoir à être en leur présence. Mais je ne suis pas certaine qu’un simple portrait photographique puisse atteindre cette portée. La série, elle, par le nombre, peut agir dans un certain rapport de force, mais n’offre pas énormément plus d’information sur mes sujets.

Magali

Ces portraits documentent une parcelle de leur condition socioculturelle et un fragment de leurs personnalités; leurs tenues vestimentaires, leurs postures, leurs regards, leurs sourires, certains plus effacés, d’autres plus manifestes.

Divenson

Evelyne

Qu’est-ce que ces portraits frontaux, coupés au buste, représentant des visages planqués sur un arrière-plan flou, peuvent prétendre raconter de ces jeunes Michelois? En quoi ces images photographiques documentent et révèlent une certaine forme de vérité?

Axel

Elizabeth

Je ne sais répondre à ces questions que je me pose depuis que je consacre du temps à placer chacune des photos dans le souci d’atteindre un ordre précis résultant en une série… qu’est-ce que je donne à voir par ces photos?

Alexa

« En jargon humaniste, on dira que la vocation de la photographie est d’expliquer l’homme à l’homme. Mais les photos n’expliquent rien : elles constatent. Ce n’était qu’honnêteté de la part de Robert Frank de déclarer que « pour produire un document contemporain authentique, l’impact visuel doit être tel qu’il rende l’explication nulle ». Si les photographies sont des messages, le message est à la fois transparent et mystérieux. Une photographie est un secret au sujet d’un secret, comme l’observait Arbus. Plus elle vous en dit, moins vous en savez. » Susan Sontag, « L’héroïsme de la vision », On Photography, p. 157.